Une psychologue qui a étudié la santé mentale des ados pendant 25 ans affirme que les interdictions de réseaux sociaux aggraveront les choses

Candice Odgers soutient que les adultes dans la salle, et non les applications, représentent le plus grand danger pour les jeunes en ligne. Son argument mérite d'être entendu.

AI2Day Newsdesk· 3 min read
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Points clés

  • Candice Odgers, psychologue canadienne, a mené des recherches sur la santé mentale des adolescents pendant 25 ans.
  • Odgers affirme que les hommes adultes sont les principaux auteurs de sextorsion, crime consistant à menacer de divulguer des images privées d'une personne à moins qu'elle ne paie ou ne se conforme à certaines exigences.
  • Elle soutient que les interdictions de réseaux sociaux pour les adolescents sont susceptibles d'augmenter les préjudices plutôt que de les réduire.
  • Ses recherches pointent vers les conséquences de la Covid-19 et la santé mentale des parents et tuteurs comme causes majeures de la détresse des ados, davantage que le temps d'écran.

Candice Odgers utilise une simple expérience de pensée pour illustrer son propos. Le moyen le plus rapide de sécuriser Internet pour les enfants, selon elle, serait de retirer tous les hommes adultes. Les hommes commettent la grande majorité des infractions de sextorsion et sont le groupe le plus susceptible de diffuser des informations mensongères sur la santé en ligne.

Ce n'est bien sûr pas ce qu'elle appelle réellement de ses vœux. « Ce serait insensé, n'est-ce pas ? Ce serait injuste », a-t-elle déclaré au Guardian. L'argument est plus subtil qu'il n'y paraît : si nous prenons au sérieux les préjudices en ligne, nous continuons à pointer du doigt les mauvaises personnes.

Odgers a passé un quart de siècle à étudier comment les adolescents se développent et ce qui les déraille. Elle est profondément sceptique face à la poussée politique actuelle visant à interdire aux adolescents l'accès aux plateformes de réseaux sociaux. Son point de vue est catégorique. Les interdictions ne règlent pas les problèmes sous-jacents, et couper les jeunes de la connexion en ligne pourrait laisser les plus vulnérables encore plus isolés.

Garder les ados hors des réseaux sociaux ne les protégera-t-il pas ?

Pas de manière directe, non. Odgers soutient que les preuves établissant un lien direct entre l'utilisation des réseaux sociaux et une mauvaise santé mentale chez les adolescents sont beaucoup plus faibles que ne le suggèrent les gros titres. Les forces majeures qui accablent les jeunes, selon sa lecture de la recherche, sont les conséquences durables de la pandémie de Covid-19 et les problèmes de santé mentale des adultes qui les élèvent. Un parent ou un tuteur en difficulté façonne le bien-être d'un adolescent d'une manière qu'un fil TikTok ne peut tout simplement pas égaler.

Cela ne signifie pas que les réseaux sociaux sont inoffensifs. Des dangers réels existent : la sextorsion, les adultes prédateurs et la diffusion de fausses informations médicales peuvent tous atteindre les adolescents via leurs téléphones. Mais l'argument d'Odgers est que la conversation politique traite continuellement les plateformes comme le seul levier sur lequel il faut agir, tout en ignorant les adultes qui causent le plus de dégâts et les conditions sociales qui rendent les jeunes vulnérables en premier lieu.

L'interdiction faite aux adolescents peut aussi être plus difficile à appliquer que ne le promettent les politiciens, et pourrait pousser les jeunes vers les coins les plus sombres et les moins modérés d'Internet où il n'y a véritablement pas de garde-fous.

Le biais de survivance joue aussi un rôle ici. Les ados dont les parents citent les réseaux sociaux comme un problème ne sont pas la totalité du tableau. Pour de nombreux jeunes isolés, une communauté en ligne est l'un des rares endroits où ils trouvent un sentiment d'appartenance.

L'honnête conclusion : Avant de soutenir une politique d'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, demandez-vous ce qu'elle fait réellement pour les adultes responsables des préjudices documentés, et ce qui remplace les véritables connexions que certains adolescents trouvent en ligne. Une politique qui ignore ces deux questions est probablement incomplète.

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